Les hommes qui ont marqué l’histoire d’Algérie
Le général De Gaulle
Le général De Gaulle est un des personnages politiques français qui a le plus marqué l’histoire de la guerre d’Algérie. Pourtant on est tenté de croire que c’est la guerre d’Algérie qui aurait fait naitre de ses cendres un homme presqu’oublié, après sa traversée du désert de 1947 à 1958.Adulé par les français de France et d’Algérie, il deviendra, pourtant, un “traitre“ aux yeux du million de pieds noirs et de harkis délaissés à leur sort, après l’indépendance de l’Algérie en 1962.
De Gaulle a-t-il abandonné l’Algérie au FLN ? C’est ce que pensent, ou ne s’expliquent pas certains historiens, au vu de la réorientation de la politique algérienne, une année seulement après son investiture (1958).Et c’est son discours du 16 septembre 1959 qui va être au cœur de cette interrogation.
Benjamin Stora, historien français et spécialiste de la guerre d’Algérie en a fait un livre, dans lequel il tente de percer le “mystère“ du revirement du général, face au conflit algérien. Pourtant De Gaulle a été appelé par les faucons de la politique française de l’époque, pour durcir et finaliser l’œuvre de colonisation de l’Algérie et achever totalement sa francisation. C’est ce qu’il va tenter de faire pourtant entre 1958 et 1959…
Le mystère de De Gaulle
Benjamin Stora, dans son dernier livre “Le mystère De Gaulle “(R.Laffont-septembre 2009), veut faire du discours du général De Gaulle du 16 septembre 1959 un élément clé de la nouvelle politique coloniale de la France, menée par l’homme du 18 juin, durant la guerre d’Algérie (1954-1962).
Selon l’analyse faite de l’ouvrage par Marc Riglet, l’évènement du 16 septembre 1959 sur “l’audétermination“ de l’Algérie ne serait pas un fait majeur, comparativement aux dates plus importantes, telles que celles du 13 mai 1958, des barricades d’Alger, du putsch des généraux, des morts de Charonne ou des accords d’Evian.
Selon Stora, la date du 16 septembre 1959, si elle est passée inaperçue, marquerait, cependant, les trois visions distinctes que le général De Gaulle avait pour l’Algérie : “Francisation», «Autonomie“ et “sécession». Ceci pour préserver, semble-t-il, les intérêts des partisans de l’Algérie française. Mais il rajoute le fait que le mot “autodétermination“ accorde aux algériens eux-mêmes, et donc à la majorité musulmane, le droit de choisir leur destin. Dans son livre, Stora tente donc d’éclairer, ce qu’il appelle, «le mystère “du discours du 16 septembre 1959.
Pourquoi “mystère», parce que tout simplement que le général De Gaulle était sensé faire maintenir l’Algérie française, et son appel à l’autodétermination marque le premier pas vers un aveu d’échec de la politique coloniale voulue par les ultras-gaullistes de l’époque.

Pierre Pflimlin
Le retour aux affaires du général De Gaulle
Pour comprendre l’évènement du retour du général De Gaulle à la tête de l’Etat français, il faut revenir au contexte dans lequel ce retour a été fait, ou plutôt provoqué. En 1958, la guerre d’Algérie bat son plein, provoquant, bientôt, dans son sillage la chute de la IVème République.

Le Président René Coty
Le 13 mai 1958 est le jour de l’investiture de Pierre Pflimlin. Cette date marque aussi le jour où sont organisées à Alger d’importantes manifestations de pieds noirs, pour saluer la mémoire des soldats français tués par le FLN-ALN, mais surtout pour exprimer leur opposition à la formation du gouvernement de Pierre Pflimlin, appelé en urgence par le Président René Coty, comme dernière carte, pour sortir la France du bourbier algérien.
Les partisans de l’Algérie française vont transformer les manifestations en émeutes, et occupent, sous la conduite de Pierre Lagaillarde, un leader étudiant, le bâtiment du Gouvernement général, pour y installer un Comité de Salut public, présidé par le général Massu.
Le général Raoul Salan, commandant en chef de l’armée d’occupation, et partisan du prolongement de la guerre jusqu’ à la victoire totale, s’apprête même à renverser le gouvernement civil instauré par le Président Coty. Sans casser ouvertement le lien avec les autorités de Paris, il menace le pouvoir civil de René Coty, et va même jusqu’à remplacer des préfets, jugé fidèles au gouvernement de Paris, par des généraux à lui. Le 15 mai 1958, tout en assurant à tous les français, qu’il prend provisoirement en main la destinée de l’Algérie française, il lance un appel à De Gaulle, en terminant son discours par un “vive la France, vive De Gaulle “.

Le général Raoul Salan
Pendant ce temps, en France, le Président René Coty cherche à mettre fin à la guerre d’Algérie. En faisant appel à Pierre Pflimlin du MRP (Parti démocrate chrétien, centriste), partisan de la paix en Algérie, il manifeste clairement cette volenté. La crise de mai 1958 oppose, en fait les gaullistes alliés aux ultras, Les adeptes de la guerre et du maintien de l’Algérie française, qui font appel au général De Gaulle pour prendre le pouvoir, et les partisans de la fin de la guerre d’Algérie regroupés autour de Pierre Pflimlin.
Le général De Gaulle écarté du pouvoir en 1947 voulait, aussi, et par la même occasion, prendre sa revanche sur l’histoire. Et il ne cache pas sa sympathie aux putschistes, en annonçant au sommet de la crise : “Ce qui se passe en ce moment en Algérie par rapport à la métropole et dans la métropole par rapport à l’Algérie peut conduire à une crise nationale extrêmement grave. Mais aussi, ce peut être le début d’une sorte de résurrection…Quant à l’armée, qui est normalement l’instrument de l’Etat, il convient qu’elle le demeure. Mais encore faut-il qu’il y ait un Etat…“.
En parlant de résurrection, De Gaulle fait référence à l’opération militaire, du nom de code“Résurection“, qui se prépare en secret pour la prise du pouvoir par l’armée, par une action de parachutage à Paris, projetée pour la nuit du 27 au 28 mai 1958, montée par le général Salan, et dont la rumeur ne cesse de se répandre en France. En évoquant ensuite l’absence de l’Etat, le général approuve presque explicitement le coup d’Etat d’Alger, et la mise en place du Comité de Salut public par les parachutistes du 1er choc de Calvi (Corse).
La notion d’absence de l’Etat signifie aussi pour le général, et par la même occasion, sa désapprobation de la politique de paix entamée par le Président René Coty, et l’appel fait à Pierre Pflimlin dans ce sens.
L’appel au général De Gaulle est fait explicitement par les généraux putschistes par la voie du général Massu, nouveau patron d’Alger. Cet appel est contenu dans un télégramme envoyé à Paris en date du 14 mai 1958, dans lequel Massu écrit : “Le Comité de Salut public supplie le général De Gaulle de bien vouloir rompre le silence en vue de la constitution d’un gouvernement de salut public qui seul peut sauver l’Algérie de l’abandon“.
Finalement, pour dénouer la crise, René Coty se résout à faire appel officiellement le 1er juin à De Gaulle. Le général forme sans attendre un gouvernement de rassemblement avec Guy Mollet, chef du SFIO, Antoine Pinay (CNI-droite)…, Pierre Pflimlin démissionne, mais il est intégré au gouvernement constitué par De Gaulle.
La Constitution, toujours en vigueur en France, est approuvée par référendum le 28 septembre 1958.C’est le début de la Vème République, et la relance de la guerre en Algérie.
De Gaulle et la gestion de la crise algérienne
Comme en juin 1940, De Gaulle profite de la situation de crise faite autour du conflit algérien, pour prendre le pouvoir. C’est à peu près le même discours et le même scénario qui sont organisés, ceux de la France en danger. Ce n’est pas tant la recherche de la solution à la crise algérienne que la prise du pouvoir qui intéresse De Gaulle. L’armée française, après la bataille d’Alger(1957), pense avoir maté la rébellion, et fait appel au général pour barrer la route à toute solution négociée de la crise algérienne, et parachever ainsi l’œuvre d’annexion de l’Algérie à la France.
De Gaulle, en fin manœuvrier, sait que le problème algérien ne pourra être résolu que par le biais des négociations directes avec le FLN, et cela avant même la prise du pouvoir. Mais il ne veut pas s’affranchir les milieux ultras, cause de sa réussite. Il propose donc, à partir de 1959 un plan en trois étapes. Pour ce faire, il utilise la carotte et le bâton vis-à-vis des “rebelles»et des “français d’Algérie“, le double langage pour se donner du temps. Et cette nouvelle politique algérienne du général De Gaulle va apparaitre en filigrane, déjà, dans son discours du 4 juin 1958, prononcé à Alger.
Le fameux “je vous ai compris “fera désormais date dans l’opignon publique, jusqu’au jour d’aujourd’hui. Pour la première fois un chef d’Etat français parle de fraternité, en se référant à la situation de crise en Algérie. A travers ce discours historique, De Gaulle cherche à ménager le loup et la chèvre.
Donc le “mystère“ de De Gaulle, n’est pas dans la prononciation de son discours du 16 septembre 1959, car déjà en 1958 il n’affichait pas sa fermeté quant à la poursuite indéfinie de la guerre, même quand il décide, de renforcer les effectifs des forces armées présentes en Algérie notamment, et montre son intention d’amplifier l’engagement militaire de la France.

De Gaulle à Oran (Algérie) en 1958
Paul Delouvrier, qui remplaça le général Salan, comme délégué du gouvernement, en décembre 1958, affirme ce que lui a dit le général De Gaulle à la veille de son départ à Alger, au sujet du Plan de Constantine dont il avait la charge : “ Vous allez réfléchir, il faut aller très vite, mais il faut que vous ayez quelque chose dans votre bissac. “L’ancien haut fonctionnaire explique qu’il a demandé et obtenu un milliard de francs lourds par an.
A son arrivée au pouvoir De Gaulle aurait déjà établi des relations avec la rébellion, notamment pour protéger les oléoducs et gazoducs (plus de 650 km) des attaques du FLN. Paul Delouvrier, selon ses déclarations, aurait été chargé par le général De Gaulle de rencontrer les membres du GPRA installés à Tunis, afin de trouver une solution à la sécurité des installations pétrolières. Il y a eu entente, pour la simple raison que la destruction de ces infrastructures n’entrait pas dans les plans de guerre du FLN.C’est uniquement pour cette raison, d’ailleurs, que ces dernières n’ont jamais fait l’objet d’attentats depuis leur mise en service en 1958-59.
En conséquence de cause, il n’y a jamais eu de mystère dans la prise de position de Gaulle en 1959 sur la question de l’Algérie, sauf peut-être, pour ceux qui ne voulaient pas voir dans l’évolution de la crise algérienne deux forces en présence, celles d’une volenté farouche d’un FLN-ALN déterminé et une France cherchant à sortir de la poudrière avec le moins de dégâts possibles.
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