“Harragas”:Une nouvelle forme d’immigration

 

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“ Harragas “ : un terme nouveau dans le vocable des maghrébins qui tend à se répandre. Comme les nouveaux genres de musique raï, gnaoua…, le mot provient étymologiquement du répertoire local   caractéristique de la mal vie, de la souffrance, du désespoir…Il désigne aussi d’une façon appropriée les jeunes qui défient les lois des hommes et de la nature pour se surpasser dans l’épreuve du péril et souvent de la mort. Ces  migrants-aventuriers d’un nouveau genre veulent rééditer l’exploit passé des pionniers de l’ouest venus d’une Europe vieillie et stérile pour conquérir le nouveau monde. Sauf que pour les  harragas  les écueils et les itinéraires sont plus tragiques .

Immigration : un enfermement inutile de l’Europe

Le phénomène de l’immigration clandestine tend à s’amplifier à travers le monde. Effet de la mondialisation ou non les habitants du sud, pauvre, émigrent vers le nord riche. Ce nouveau type d’exode est apparu depuis l’interruption de l’immigration décidé par la plupart des pays européens au début des années 70 et la mise en place des politiques de visas plus exclusives.

Les recours aux demandes d’asile, de regroupements familiaux, d’études universitaires et  de soins à l’étranger… sont restés les voies alternatives possibles pour certains étrangers. Mais même dans ces cas, la délivrance des visas se fait au compte goutte. La grande majorité des migrants, soit des milliers de jeunes et de moins jeunes, chassés par le chômage et les guerres… venus notamment d’Afrique, empruntent la voie de la clandestinité. La plupart des  états européens se méfient et ferment leurs frontières de plus en plus aux étrangers. Les demandeurs d’asile sont traités au cas par cas, parfois même au mépris des dispositions de la Convention des Nations Unies relative au statut des refugiés (Convention de Genève).

Certains pays sources d’émigration collaborent avec les états européens, dans le cadre d’un programme de coopération dit “d’aide au développement “en acceptant la réadmission des migrants. Certains pays ont même ouvert des centres de rétention sur leur propre sol.C’est le cas de la Libye (Gandufa).

kadafi

Mme Souhayr Belhassen, présidente de la Fédération internationale des droits des ligues des droits de l’homme (FIDH) a fustigé les autorités libyennes  en parlant de ce camp : “Ce pays est devenu un vaste centre de rétention pour des centaines de milliers de maliens, de nigériens, d’érythréens…“ .A cela s’ajoute des  témoignages accablants de la part de nombreux occidentaux qui dénoncent les conditions inhumaines dans lesquelles vivent les migrants en situation de rétention dans ce pays, qui se veut, à travers les discours de son leader (président désigné de l’U.A), une vitrine de la coopération sud-sud,et de la solidarité inter africaine.

Le phénomène vu à travers les statistiques démographiques

Le frein mis par l’Europe au recrutement de la main d’œuvre étrangère dans les années 70 conjugué aux effets de la crise économique mondiale, de l’évolution alarmante des problèmes liés à la faim et au sous développement chronique dans les pays du sud a facilité l’enclenchement puis la montée en puissance du phénomène de  l’immigration d’une façon générale.

Les spécialistes de la question estiment que le nombre de migrants internationaux dépasse les 175 millions, ce qui représente près de 3% de la population mondiale, estimée à 6 milliards en 2000.Autrement dit un habitant de la terre sur 35 est un migrant international. Si ces migrants venaient tous à habiter un seul et même pays, celui-ci serait au cinquième rang des pays les plus peuplés du monde.

Pourtant cette croissance de l’émigration  n’aurait pas du déséquilibrer   le marché du travail européen, qui aurait eu besoin, selon un rapport de l’Union Européenne, d’un apport annuel de 550 000 travailleurs et professionnels étrangers jusqu’à l’horizon 2010, puis de 1,6 millions (toujours par an) entre 2010 et 2050.Ce qui équivaudrait à 68 millions de migrants entre 2003 et 2050.

Ces chiffres sont en rapport avec le phénomène  conjugué du vieillissement des populations européennes-du au faible taux de natalité-et à l’augmentation de l’espérance de vie. Les prévisions ajoutent que la tranche d’âge 15/65 ans de la population de l’Europe occidentale devrait décroitre de l’ordre de 238 millions en 2025 et de 163 millions en 2050, soit une baisse de 38% environ.

Les chiffres prouvent que la population des migrants est en nette évolution, malgré les mesures restrictives prises par les pays européens pour juguler, voire casser le flux des nouveaux arrivants. En effet le taux actuel tourne autour de 3,8 pour 1000 habitants (en moyenne générale pour l’Europe occidentale) contre 2,2 pour 1000 habitants dans les années 70 et 0,7 pour mille habitants entre 1960 et 1982.

une épreuve de français pour les immigrésImmigration : le cas de la France

Pourquoi donc tout ce tohu bohu autour de ce phénomène, et ne pas réinstaurer le système de recrutement des travailleurs étrangers en vigueur dans les années 1970.Certains pays comme la France utilise un jargon  nouveau pour expliquer sa nouvelle politique en matière d’immigration. Il s’agit maintenant de “l’immigration choisie“.

En France les démographes appellent “immigré“toute personne  née étrangère dans un pays étranger“ (Ressources : INPED).Alors que l’immigré est tout simplement une personne qui vient dans un pays qui n’est pas le sien pour s’y établir (Larousse). Les personnes nées à l’étranger de parents français ne sont pas des immigrés. Par contre les immigrés sont des français, puisqu’ils ne sont pas étrangers. Si ces derniers sont français à fortiori ils ne sont plus des immigrés, si l’on suit le raisonnement de l’INPED. Les étrangers étant des personnes qui n’ont pas acquis la nationalité française. C’est drôle, non. C’est français. Le terme “immigré“ serait apparu en France à partir de 1870  et sera développé par les démographes et les statisticiens sous la III ème République pour lui donner une définition juridique qui reste valable jusqu’ au jour d’aujourd’hui. Toujours selon l’INPED il y aurait en en France, en 2004, 8,1% d’immigrés (4,9 millions) et 5,8% d’étrangers (personnes à qui on n’a pas donné la nationalité française, je préfère dire), soit 3,5 millions.

Les “filières»clandestines qui jouent un rôle moteur dans le déplacement des personnes (cela parait évident, sinon personne ne pourrait immigrer) exaspèrent les autorités françaises. Mais il existe aussi un peu partout en Europe des filières d’employeurs malhonnêtes ou des esclavagistes des temps modernes qui exploitent la misère des “sans papiers “et même des étrangers en règle, et elles ne valent pas mieux que les autres. De cela aussi il faut en parler. Pour ajouter un plus à la lutte contre l’immigration clandestine, la France voudrait détruire un maximum de ces filières, car pour ce pays, moins de filières signifie moins d’immigrés.

Pour cela des dispositions réglementaires sont prises et qui ne font pas honneur au pays des droits de l’homme. Mais pas du tout. Eric Besson, le nouveau locataire du ministère de l’immigration, de l’intégration et du développement solidaire (nouvelle appellation du ministère de l’identité nationale, après le départ de Brice Hortefeux) n’a rien trouver de mieux à faire que de pondre une circulaire, appelée, à juste titre ,“prime de délation». Cette nouvelle mesure donnerait droit à un titre de séjour de 6 mois au minimum à tout sans papier qui fournirait des informations concernant ces filières.

L’émigration vers la France est essentiellement d’origine africaine (Maghreb et Afrique noire).L’évolution de l’émigration a été croissante jusqu’en 2005 où elle s’est stabilisée autour de 2,2 pour 1000 habitants, après avoir atteint le pic de 2,5 en 2004.Le nombre des sans papiers est difficile à évaluer. Il varie entre 200 000 (selon la DICCILEC : Direction centrale de contrôle de l’immigration et de la lutte contre l’emploi clandestin) et 400 000 (selon le BIT).

La contribution des immigrés, naturalisés ou pas au développement de la France est significatif. Selon l’ouvrage le Creuset français(publié en 1988 et mis à jour en 2006) Gérard Noiriel indique en se basant sur les travaux de Georges Mauco (1977) que les immigrés ont depuis la deuxième guerre mondiale construit 90% des autoroutes françaises, une machine sur sept,et un logement sur deux.

Kamel Ahriouil

 

 

4 réponses à cet article

  1. Publié par ahmed Benhamou le 13 octobre 2009 à 15:32

    Les africains qui ont vendu leurs frères aux esclavagistes étaient des traitres,des chefs de tribus et de village,intronisés même comme rois par le système colonial pour mieux exploiter cette main d’œuvre gratuite.les colons esclavagistes européens ont développé leur commerce de coton…grâce aux esclaves.

    C’était le même topo en Algérie pendant l’occupation.Les caïds et les bachaghas étaient des traitres à la solde du colonialisme.Cela n’a rien à voir avec tout un peuple qui a combattu cette forme ignoble de domination pareille à l’esclavage,pour se libérer.

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  2. Publié par Greg le 11 octobre 2009 à 08:35

    Ce sont les africains qui ont vendu leurs propres frères dans l’esclavage, il est bon de le rappeler manifestement. Et si la France ne vous convient pas alors quittez la !

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  3. Publié par ahmed Baba Ali le 10 octobre 2009 à 15:43

    L’article est excellent.Il nous éclaire sur pas mal de choses.Quand il y avait la misère en Europe,les français,italiens,irlandais et autres sont allés allés sans problème en Amérique,et se sont même permis de massacrer les indiens.Ne parlons pas de l’esclavage des noirs.Et maintenent les européens ferment leurs portes aux africains.Si ‘est pas malheureux.

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  4. Publié par J.Pierre Ducros le 10 octobre 2009 à 15:38

    Ah oui la France n’est plus la cité des doits de l’homme,c’est plutôt le contraire.C’est vraiement la honte,quand lon voit le traitement réservé aux étrangers,particulièrement les maghrébin,même lorsqu’ils sont français.

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